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| Description du phénomène |
| Quand l'argile se rétracte et fissure le bâti |
Présentation :
Nature du phénomène
Manifestation des dégâts
Les régions les plus touchées
Programme de cartographie de l'aléa
Méthode de cartographie
Limite de validité des cartes d'aléa
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| Légende du dessin |
| (1) Evapotranspiration |
| (2) Evaporation |
| (3) Absorption par les racines |
| (4) Couches argileuses |
| (5) Feuillets argileux |
| (6) Eau interstitielle |
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Nature du phénomène :
Chacun sait quun matériau argileux voit sa consistance se modifier en fonction de sa teneur en eau : dur et cassant lorsquil est desséché, il devient plastique et malléable à partir dun certain niveau dhumidité. On sait moins en revanche que ces modifications de consistance saccompagnent de variations de volume, dont lamplitude peut être parfois spectaculaire.
En climat tempéré, les argiles sont souvent proches de leur état de saturation, si bien que leur potentiel de gonflement est relativement limité. En revanche, elles sont souvent éloignées de leur limite de retrait, ce qui explique que les mouvements les plus importants sont observés en période sèche. La tranche la plus superficielle de sol, sur 1 à 2 m de profondeur, est alors soumise à lévaporation. Il en résulte un retrait des argiles, qui se manifeste verticalement par un tassement et horizontalement par louverture de fissures, classiquement observées dans les fonds de mares qui sassèchent. Lamplitude de ce tassement est dautant plus importante que la couche de sol argileux concernée est épaisse et quelle est riche en minéraux gonflants. Par ailleurs, la présence de drains et surtout darbres (dont les racines pompent leau du sol jusquà 3 voire 5 m de profondeur) accentue lampleur du phénomène en augmentant lépaisseur de sol asséché.
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Ces mouvements sont liés à la structure interne des minéraux argileux qui constituent la plupart des éléments fins des sols (la fraction argileuse étant, par convention, constituée des éléments dont la taille est inférieure à 2 µm). Ces minéraux argileux (phyllosilicates) présentent en effet une structure en feuillets, à la surface desquels les molécules deau peuvent sadsorber, sous leffet de différents phénomènes physico-chimiques, provoquant ainsi un gonflement, plus ou moins réversible, du matériau. Certaines familles de minéraux argileux, notamment les smectites et quelques interstratifiés, possèdent de surcroît des liaisons particulièrement lâches entre feuillets constitutifs, si bien que la quantité deau susceptible dêtre adsorbée au cur même des particules argileuses, peut être considérable, ce qui se traduit par des variations importantes de volume du matériau.
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Manifestation des dégâts :
Le sol situé sous une maison est protégé de lévaporation en période estivale et il se maintient dans un équilibre hydrique qui varie peu au cours de lannée. De fortes différences de teneur en eau vont donc apparaître dans le sol au droit des façades, au niveau de la zone de transition entre le sol exposé à lévaporation et celui qui en est protégé. Ceci se manifeste par des mouvements différentiels, concentrés à proximité des murs porteurs et particulièrement aux angles de la maison. Ces tassements différentiels sont évidemment amplifiés en cas dhétérogénéité du sol ou lorsque les fondations présentent des différences dancrage dun point à un autre de la maison (cas des sous-sols partiels notamment, ou des pavillons construits sur terrain en pente).
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Ceci se traduit par des fissurations en façade, souvent obliques et passant par les points de faiblesse que constituent les ouvertures. Les désordres se manifestent aussi par des décollements entre éléments jointifs (garages, perrons, terrasses), ainsi que par une distorsion des portes et fenêtres, une dislocation des dallages et des cloisons et, parfois, la rupture de canalisations enterrées (ce qui vient aggraver les désordres car les fuites deau qui en résultent provoquent des gonflements localisés).
Les maisons individuelles sont les principales victimes de ce phénomène et ceci pour au moins deux raisons :
la structure de ces bâtiments, légers et peu rigides, mais surtout fondés de manière relativement superficielle par rapport à des immeubles collectifs, les rend très vulnérables à des mouvements du sol dassise ;
la plupart de ces constructions sont réalisées sans études géotechniques préalables qui permettraient notamment didentifier la présence éventuelle dargile gonflante et de concevoir le bâtiment en prenant en compte le risque associé.
Depuis la vague de sécheresse des années 1989-91, le phénomène de retrait-gonflement a été intégré au régime des catastrophes naturelles mis en place par la loi du 13 juillet 1982. En lespace de dix ans, ce risque naturel est devenu en France la deuxième cause dindemnisation derrière les inondations, et le montant total des remboursements effectués à ce titre était évalué à la fin de lannée 2002 par la Caisse Centrale de Réassurance à environ 3,3 milliard deuros, ce qui correspond à plusieurs centaines de milliers de maisons sinistrées sur lensemble de la France depuis 1989.
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Les régions les plus touchées :
Depuis 1989, ce sont plus de 5 000 communes françaises, réparties dans 75 départements, qui ont été reconnues en état de catastrophe naturelle vis à vis du retrait-gonflement. Cest dire si le phénomène est largement réparti. Pourtant, certaines régions sont plus particulièrement touchées et ceci en étroite corrélation avec la nature géologique du sol. Cest le cas en particulier de la plaine de Flandres, de la partie sud du Bassin de Paris, du fossé de la Limagne, de la région dApt et surtout de lensemble des coteaux molassiques du Sud-Ouest, entre Agen et Toulouse.
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Les données communiquées par la Caisse Centrale de Réassurance en octobre 2003 montrent que la région parisienne est tout particulièrement concernée par le phénomène puisque les sept départements de la région Ile-de-France (hors ville de Paris) font partie des dix-sept départements français pour lesquels les coûts cumulés dindemnisation pour des sinistres liés au retrait-gonflement sont les plus élevés. Selon ce critère, les Yvelines sont les plus touchées, suivi de près par la Seine-et-Marne et lEssonne. Il est dailleurs à noter que, de manière générale, la région parisienne est celle où les sinistres sécheresse sont les plus coûteux, de lordre du double de la moyenne nationale. Ceci sexplique par des conditions géologiques souvent très défavorables qui nécessitent la mise en uvre de solutions lourdes de confortement avec reprise en sous-uvre fréquente par micro-pieux.
Les autres départements qui présentent des coûts cumulés dindemnisation élevés suite à des sinistres liés au retrait-gonflement sont pour lessentiel et par ordre décroissant la Haute-Garonne, la Dordogne, les Bouches-du-Rhône, le Nord, le Puy-de-Dôme, le Loiret et le Gers (où plus de 90 % des 463 communes du département ont été reconnues au moins une fois en état de catastrophe naturelle sécheresse entre 1991 et 2002).
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Programme de cartographie de l'aléa :
Afin de tenter de diminuer à lavenir le nombre de sinistres causés par le phénomène de retrait-gonflement des argiles, il importe de cartographier laléa associé, ce qui revient à délimiter les secteurs a priori sensibles, pour y diffuser certaines règles de prévention à respecter.
Le terme daléa désigne la probabilité quun phénomène naturel dintensité donnée survienne sur un secteur géographique donné et dans un laps de temps donné. Cartographier laléa retrait-gonflement des argiles reviendrait donc à définir, en tout point du territoire, quelle est la probabilité quune maison individuelle soit affectée dun sinistre par exemple dans les dix ans qui viennent.
L’état actuel de nos connaissance ne permet pas, de se livrer à un tel travail sur l’ensemble du territoire national. L’objectif que s’est fixé le BRGM, à la demande du Ministère de l’Écologie, du Développement et de l'Aménagement Durables (MEDAD), est donc plus modeste. Il consiste à dresser, pour l'ensemble du territoire métropolitain, des cartes d’aléa défini de manière qualitative. Ce programme de cartographie, débuté en 1997, devrait se poursuivre jusqu’en 2010. Il est financé en partie par le Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs et en partie par la dotation de service public du BRGM, allouée par le Ministère de la Recherche. Les premières cartes élaborées ont été cofinancées directement par le ministère en charge de l'environnement et, pour deux d’entres elles, par la Caisse Centrale de Réassurance (CCR) et le Centre Européen de Prévention des Risques (CEPR).
Ces cartes ont pour but de délimiter toutes les zones qui sont a priori sujettes au phénomène de retrait-gonflement et de hiérarchiser ces zones selon un degré daléa croissant. Les zones où laléa retrait-gonflement est qualifié de fort, sont celles où la probabilité de survenance dun sinistre sera la plus élevée et où lintensité des phénomènes attendus est la plus forte. Dans les zones où laléa est qualifié de faible, la survenance de sinistres est possible en cas de sécheresse importante mais ces désordres ne toucheront quune faible proportion des bâtiments (en priorité ceux qui présentent des défauts de construction ou un contexte local défavorable, avec par exemple des arbres proches ou une hétérogénéité du sous-sol). Les zones daléa moyen correspondent à des zones intermédiaires entre ces deux situations extrêmes. Quant aux zones où laléa est estimé a priori nul, il sagit des secteurs où les cartes géologiques actuelles nindiquent pas la présence de terrain argileux en surface. Il nest cependant pas exclu que quelques sinistres sy produisent car il peut sy trouver localement des placages, des lentilles intercalaires, des amas glissés en pied de pente ou des poches daltération, de nature argileuse, non identifiés sur les cartes géologiques à léchelle 1/50 000, mais dont la présence peut suffire à provoquer des désordres ponctuels.
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Méthode de cartographie :
Dans le cadre du programme de cartographie départementale de laléa retrait-gonflement des argiles conduit par le BRGM depuis 1997, la donnée de départ utilisée est celle des cartes géologiques établies et publiées par le BRGM à léchelle 1/50 000. Leur analyse permet didentifier les formations argileuses (au sens large), affleurantes ou sub-affleurantes, et den établir une cartographique numérique, homogène à léchelle départementale. Cette phase nécessite en réalité un important travail de numérisation et surtout dharmonisation des cartes actuellement disponibles, les formations les plus superficielles ayant souvent été diversement interprétées dune feuille à lautre. Des regroupements de formations sont aussi opérés afin dobtenir un document synthétique exploitable à léchelle départementale, et des compléments ou des précisions sont apportés ponctuellement pour actualiser la connaissance en intégrant des informations contenues dans la BSS, gérée par le BRGM, ainsi que certains résultats d'essais publiés ou communiqués par des organismes tiers : bureaux d'études géotechniques, collectivités locales, CETE, etc...
Les formations argileuses ainsi identifiées font ensuite lobjet dune hiérarchisation en fonction de leur susceptibilité vis à vis du phénomène de retrait-gonflement. Celle-ci est évaluée sur la base de trois critères qui se recoupent plus ou moins :
leur nature lithologique (caractérisée par limportance et la disposition des termes argileux au sein de la formation),
la composition minéralogique de leur phase argileuse (la proportion de minéraux gonflants de type smectites ou interstratifiés étant estimée à partir de critères paléogéographiques et dessais de diffractométrie aux rayons X),
leur comportement géotechnique (évalué par des essais de laboratoire parmi lesquels la valeur de bleu, lindice de plasticité ou le retrait linéaire).
La combinaison de ces différentes observations permet détablir une carte de susceptibilité au retrait-gonflement.
La carte daléa est réalisée à partir de cette carte de susceptibilité en intégrant de surcroît les sinistres enregistrés depuis 1989. Ceci nécessite non seulement de recenser mais aussi de localiser avec précision le plus grand nombre possible de sinistres survenus dans le département, afin dobtenir une représentation statistique réaliste des probabilités doccurrence du phénomène. Le nombre de sinistres ainsi pris en compte atteint généralement plusieurs milliers par département (plus de 5 200 en Haute-Garonne par exemple). Le croisement avec la carte géologique permet de calculer, pour chacune des formations argileuses identifiées, une densité de sinistres qui est ramenée, pour faciliter les comparaisons, à 100 km2 de surface daffleurement réellement urbanisée. Il est en effet nécessaire de tenir compte du taux durbanisation qui peut présenter des disparités importantes dun point à lautre du département et fausser ainsi lanalyse (les sinistres étant évidemment plus nombreux dans les zones fortement urbanisées !).
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Limite de validité des cartes d'aléa :
Léchelle de validité des cartes départementales daléa ainsi établies est celle de la donnée de base utilisée pour leur réalisation, à savoir les cartes géologiques à 1/50 000. Le degré de précision et de fiabilité des cartes daléa est limité en partie par la qualité de linterprétation qui a permis leur élaboration (identification et hiérarchisation des formations à composante argileuses), mais surtout par la qualité des observations qui ont permis la réalisation des cartes géologiques, point de départ de létude. En particulier, les hétérogénéités lithologiques, qui caractérisent de nombreuses formations géologiques, ne sont pas toujours bien identifiées sur les cartes actuellement disponibles.
Les cartes géologiques sont initialement levées sur des fonds topographiques à léchelle du 1/25 000. La précision du report des limites daffleurement est donc satisfaisante à léchelle du 1/50 000. En revanche, il ne faut jamais perdre de vue quune carte géologique comporte une part de subjectivité liée à lexpertise propre de lauteur et que, en particulier, les formations les plus superficielles peuvent faire lobjet dinterprétations diverses dune feuille à lautre.
Le travail dharmonisation et de correction des cartes géologiques, en vue détablir une carte départementale des formations à composante argileuse, permet de gommer une partie de ces différences dinterprétation et de rectifier certains contours pour intégrer la connaissance issue de sondages récents. Il nen demeure pas moins que la carte ainsi élaborée reflète létat des connaissances au moment de sa publication. Des investigations complémentaires permettraient probablement de corriger certaines limites daffleurement, voire didentifier de nouvelles poches ou plaquages argileux non représentés sur les cartes actuellement disponibles.
Ces considérations sont importantes car elles expliquent pourquoi les cartes daléa ainsi élaborées ne peuvent en aucun cas prétendre refléter en tout point lexacte nature des terrains présents en surface ou sub-surface. En particulier il n'est pas exclu que, sur les secteurs considérés daléa a priori nul (qui sont présentés sans figuré spécifique sur les cartes daléa), se trouvent localement des zones argileuses dextension limitée. Celles-ci peuvent être liées à laltération localisée des calcaires, à des lentilles argileuses intercalées ou à des placages argileux non cartographiés, correspondant notamment à des amas glissés en pied de pente. A léchelle de la parcelle constructible, elles sont en tout cas de nature à provoquer des sinistres isolés.
Inversement, il est possible que, localement, certaines parcelles situées pourtant dans un secteur dont l'aléa retrait-gonflement des argiles a été évalué globalement comme non nul soient en réalité constituées de terrains non sensibles au phénomène, voire non argileux. Ceci pourra être mis en évidence à l'occasion d'investigations géotechniques spécifiques, par exemple en prévision à un nouveau projet d'aménagement (d'où l'intérêt de ce type d'études de sols avant construction), mais n'a pu être identifié lors de la réalisation des cartes départementales d'aléa, basées, rappelons-le, sur l'état des connaissances géologiques accessibles au moment de l'étude.
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